Le Déluge. Le fléau ultime, qui purifie la terre en détruisant les pécheurs. La correction ultime aux erreurs de Dieu.

Cette faction est tout aussi terrible que son nom le suggère. Pour le Déluge, la violence est le premier recours. La mort est leur raison de vivre. Avec les grands troubles qui ont marqué la première décroissance de la population mondiale, l’organisation s’est rendue visible au public, elle et sa doctrine meurtrière. Elle a réussit à imposer sa vision du monde, autant chez les mortels qu’au sein du Peuple des Bergers. Le Déluge est sans doute à présent le groupe le plus puissant du monde.

Les origines du Déluge

L’expansion de la Chrétienté marqua un tournant dans l’histoire des vampires.

Les vampires plus anciens que la Chrétienté avaient trouvé une manière de profiter des religions païennes. Plusieurs posaient comme des dieux, et les mortels acceptaient souvent de leur accorder des sacrifices de sang, parfois humains. Melkart, Amon, Tanith, Odin, Ishtar, tous eurent une ou plusieurs incarnations palpables. Ceux qui préféraient une vie moins publique profitaient tout de même d’un rapport différent des mortels avec le surnaturel. Les entités «étranges» passaient alors pour des divinités neutres, ayant leur propres motivations, et avec lesquelles il était possible de traiter.

Plus encore, les vampires de ce temps pouvaient marcher en plein jour.

La religion chrétienne allait changer tout cela. D’abord, elle considérait d’emblée toute créature surnaturelle comme démoniaque par essence, à commencer par les dieux païens. Son arrivée apporta un nouveau fléau aux vampires: les croix, les reliques et les autres symboles sacrés. Pire: vers le sixième siècle, le soleil s’ajouta aux fléaux des vampires. Les anciens, confinés à leurs tombes et privés de leurs protecteurs mortels, devinrent tout à coup vulnérables. Plusieurs périrent.

Quant aux nouveaux vampires, souvent eux-mêmes chrétiens, ils devaient affronter de nouveaux dilemmes moraux. Non seulement devenaient-ils eux-même des créatures démoniaques, mais ils devaient se nourrir de sang, ce qui était strictement interdit par les écritures.

C’est alors qu’apparut la doctrine du christisme.

Le christisme attribuait l’existence des vampires au Christ lui-même. Le don de son sang avait transfiguré ses apôtres et leur avait donné la vie éternelle et la possibilité d’accomplir des miracles. Ces pouvoirs venaient avec la lourde responsabilité: ils devaient préparer le retour du Christ. Leurs vœux étaient aussi exigeants: ne plus revoir le soleil et ne se nourrir que du sang des pécheurs, jusqu’au retour du Christ.

Cette histoire eut un grand succès auprès des vampires chrétiens les plus fervents, et elle fut rapidement propagée par divers vampires affirmant être eux-même des apôtres du Christ ou l’avoir connu. L’apparition de Joseph d’Arimathie en Bretagne précédan de peu l’interdit du soleil. L’arrivée de Jacques le Majeur en Espagne marqua un tournant dans la Reconquista. Plusieurs autres vinrent à leur suite, créant des ordres de chevalerie monastiques, érigeant des monastères fortifiés, exécutant des miracles.

Les vampires dans l’ombre de l’Inquisition

Le christisme était loin d’être la seule doctrine à vouloir réconcilier le vampirisme et le monothéisme.

Un courant vampirique du manichéisme fit son apparition, dont les adeptes prétendaient être les archontes de Satan lui-même, des créatures de l’ombre. Ils arrivèrent pourvus d’étonnants pouvoirs sur les ombres et prétendaient pouvoir se retrancher dans le monde des ténèbres, qui leur fournissait une nourriture infinie.

L’Ordre de Babylone, qui allait devenir l’Ordre de saint Pierre, prospérait déjà, maîtrisant la redoutable magie sanguis. Laïque en son essence, l’Ordre refusait la notion même de dieu, croyant que toute créature spirituelle pouvait être assujettie aux sorciers.

Plusieurs vampires d’origine chrétienne ressentirent leur transformation comme une trahison divine. La peur de la mort passée, ils ne craignaient plus l’enfer et embrassèrent le satanisme et le luciférisme.

Enfin, plusieurs vampires refusèrent longtemps la chute de leurs cultes païens et résistèrent.

Toutes ces oppositions ne firent que conforter les christistes dans leurs conviction et les poussèrent à se regrouper en une organisation propre, le Déluge. Ils mirent en place des parcours, correspondant souvent à de grandes routes de pèlerinage, avec des étapes où ils pouvaient s’abriter. Il faut comprendre que les voyages étaient alors extrêmement difficiles pour les vampires, et que la possibilité de se déplacer de ville en ville leur conférait un avantage stratégique important.

Toutes les factions combattaient à cette époque pour un contrôle sur l’église et son pouvoir séculier, mais le Déluge partait avec une longueur d’avance, ayant la possibilité de recruter directement chez les gens d’église. Ce contrôle ne fut jamais absolu et ne se concrétisa pas sans opposition. Lutte des papes, réforme, croisades, les épisodes de cette guerre eurent des conséquences dramatiques pour les mortels.

Bientôt toutefois, le Déluge se retrouva à la tête d’une armée capable et désireuse de s’attaquer autant à ses ennemis surnaturels qu’à leurs serviteurs mortels. Différentes inquisitions furent menées à travers les âges, et les ennemis du Déluge durent se résoudre à l’obscurité pour éviter l’anéantissement.

Le déclin du Déluge

La doctrine du christisme se heurtait néanmoins à une objection de taille: plusieurs vampires, et pas les moindres, avaient des origines qui remontaient à l’antiquité. Ces vampires se préoccupaient peu ou pas du tout de ce qui se passait à l’extérieur de leurs territoires. Ils durent réviser leur position lorsque le Déluge amena le conflit à leurs portes.

Les anciens ne supportaient pas la présence les uns des autres, conséquence d’avoir vécu à une époque où le cheptel humain était encore trop faible pour soutenir une grande quantité de vampires. Leur seule société consistait généralement en leur propre progéniture, sur lesquels ils exerçaient une autorité sans réserve. Cette progéniture était aussi l’essentiel de leur armée.

Ces jeunes vampires, bien qu’issus de l’ère chrétienne, avaient bien souvent des preuves de la fausseté du christisme. Certains se battirent pour leurs maîtres, avec des succès divers. D’autres, lassés d’être utilisés comme chair à catapulte, choisirent la fuite, la révolte ou la désertion à la faveur d’une autre faction. Ils colonisèrent de nombreuses cités, acquirent leurs propres domaines et certains allaient aussi loin que les Amériques. Ils formèrent le noyau d’une nouvelle société, méfiante à l’égard du Déluge, ouverte à des alliances ponctuelles et plus adaptées à une société humaine qui évoluait de plus en plus rapidement.

La religion, sans toutefois décliner, allait connaître la concurrence d’autres domaines de pouvoir. Le commerce tout d’abord, favorisé par des transports de plus en plus rapides et le développement de colonies à travers le monde. Les sciences et les techniques ensuite. L’imprimerie allait révolutionner la manière de transmettre les idées, la science ouvrir l’esprit au doute et, surtout, les villes allaient devenir de plus en plus peuplées. Cela permis aux villes de supporter plus d’un vampire. Les nouveaux seigneurs, se souvenant des erreurs des anciens, trouvèrent des manière de vivre en société. Une société impitoyable, certes, mais cohérente et capable de répliquer aux attaques dirigées contre elle.

Au moment où la révolution industrielle amena la création de la Hiérarchie, le Déluge était déjà une force minoritaire, confrontée à des seigneurs puissants s’appuyant sur des groupes structurés et épaulés par l’Ordre de saint Pierre, catalyseur de ces changements.

La Grande Chasse et la Guerre des Ogres

Si les vampires avaient été chassés au Moyen Âge, ils étaient devenu une figure folklorique aux temps modernes. Les métropoles où les mortels vivaient dans un anonymat croissant, les grandes migrations et, surtout, les règles absolues du secret maintenues par la Hiérarchie, allaient faire croire aux vampires qu’ils n’avaient plus rien à craindre des mortels.

Le réveil fut d’autant plus brutal que les mortels agirent de manière concertée.

Dès la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, des scientifiques américains avaient découvert des comptes-rendus de recherches étonnants dans les archives des scientifiques Allemands. Des soldats nourris d’ichor d’un «dieu» avaient réalisé, comme c’était prévisible, des performances physique hors du commun. On envisagea avec sérieux l’hypothèse que la légende des vampires pouvait être basée sur des faits réels. Pendant des années, des milliers de témoignages furent rassemblés. Ces recherches finirent pas être abandonnées. En 2015 cependant, un vampire anarchiste, issus des milieux d’extrême-droite et convaincu que l’occident se préparait à un choc des civilisations, proposa ses services à l’armée américaine.

Devant la promesse d’une sorte de super soldat, un escadron spécial fut bientôt formé et testé sur le champ de bataille.

Après des succès initiaux qui dépassaient toutes les attentes, l’escadron disparût. L’équipement qu’ils partaient témoignaient d’une bataille féroce et rapide, où tous les soldats furent détruits jusqu’au dernier. L’hypothèse la plus réaliste était que des vampires avaient découvert l’existence de l’escadron et, irrités, avaient décidé de le faire disparaître. Cela sembla se confirmer lorsque plusieurs officiers responsables du projets disparurent à leur tour.

Les recherches reprirent alors de plus belle, avec la double motivation de former un nouvel escadron et d’éviter de nouvelles représailles. Les archives furent fouillées, les alliés mis à contribution et la police impliquée. Des firmes privées mises au secret, des laboratoires se préparèrent à accueillir les vampires capturés. L’espionnage étant ce qu’il est, les autres grandes puissances y allèrent de leur propres efforts afin de mettre la main sur des vampires avant leurs rivaux. Une véritable course au vampire éclata à l’échelle mondiale. Brutale, coordonnée et extrêmement bien planifiée. Ce fut le début de ce que les vampires appelèrent la Grande Chasse.

Les succès initiaux furent importants et les populations mondiales de vampires diminuèrent raidement. Les vampires les plus jeunes, en particulier, disparurent en grand nombre. Les plus anciens résistèrent mieux grâce à des pouvoirs auxquels les mortels ne pouvaient se préparer.

Le Peuple des Bergers se trouva fondamentalement transformé par cette chasse. Les anciens, en particuliers, se trouvèrent à former la majorité. Le Déluge, presque oublié, redevint une force avec laquelle il fallait compter. Les différentes factions vampiriques s’unirent, la chasse devint une guerre: la Guerre des Ogres.

Les mortels avaient mal mesuré la puissance exacte de leurs adversaires. Les vampires avaient d’autres atouts que leur force physique et leurs pouvoirs extraordinaires. Ils avaient depuis longtemps manipulé la société mortelle à leurs fins. Les escadrons de chasseurs perdirent leur soutien. La bureaucratie s’encrassa. La belle coordination des débuts se corroda. De fausses informations circulèrent. Des laboratoires entiers furent la proie des incendies. Certains des plus proches collaborateurs de la Chasse devinrent vampires eux-mêmes, après avoir trahi leurs collègues. Mais tout cela se passait dans l’ombre.

Pour les mortels en général, tous ces morts, ces disparitions, ces incendies, s’ajoutaient à des problèmes plus terre-à-terre. Les conflits mondiaux et le réchauffement global avait provoqué des vagues d’immigration et des bouleversements économiques, avec leur part de pauvreté et de chômage. L’accès à des ressources de plus en plus rares suscita des guerres féroces sur des vastes régions du globe. Et l’impensable se produisit: la population humaine diminua. Les morts excédèrent les naissances, pour la première fois depuis le début des temps.

L’Apocalypse

Occupées à combattre et à effacer toute trace de leur existence, les autres factions de vampires accordaient peu d’intérêt à ces bouleversements chez les mortels. Pour eux, pauvretés, exclusion, immigration et conflits ne signifiaient qu’une chose: la chasse était plus facile que jamais.

Pour le Déluge, c’était extrêmement différent. Pour eux, la fin des temps était venue. C’était l’Apocalypse. Leur raison d’être. L’heure où ils pourraient renoncer à leurs vœux et revoir enfin le soleil.

Pour l’humanité en péril, un homme faisait figure d’espoir: Robert T Winter. Celui que les journaux désignait simplement «Bob Winter» ou parfois «T Rex» était un milliardaire, magna des communications. Il finançait de nombreuses initiatives philanthropiques, des puits de carbone aux fermes océaniques. Ses opérations s’étendirent aux journaux, à l’édition, au cinéma, et il employait son influence grandissante à communiquer un message d’espoir à l’humanité. Il lança finalement sa propre monnaie, indépendante de tout gouvernement, dont il se servait pour payer ses employés et qui pouvait être échangée contre des biens vendus par ses sociétés. De manière générale, tous les volontaires participant à ses milliers de projets à saveur sociale et écologique pouvaient vivre en parallèle des systèmes bancaires et gouvernementaux. Une simple empreinte rétinale servait à se brancher à des réseaux sociaux, à acheter, à vendre.

Bref, c’était l’Antéchrist.

Bob Winter avait bien entendu ses détracteurs, surtout parmi ses concurrents. Libertarien affiché, il créait ses propres îles-états, et il était fustigé autant à gauche qu’à droite. Pour le Déluge, l’occasion était trop belle.

Le Déluge infiltrait déjà depuis un moment les milieux religieux, noyautant autant les différents courants chrétiens que les sectes les plus obscures. Les Bergers ayant besoin d’une armée, ils recrutèrent sans mal au sein des leurs groupes d’influence, et décidèrent de frapper un grand coup: capturer Bob Winter, l’exécuter publiquement, démanteler son empire et le remplacer dans le cœur du peuple. En pleine Guerre des Ogres, alors que la Hiérarchie et l’Ordre de saint Pierre collaboraient pour effacer toute trace officielle des vampires, le Déluge se manifesta au grand jour, dévoilant sa vision du monde et ses objectifs.

Les autres factions assistèrent, impuissants, à ce qu’ils considéraient comme une trahison. Bien sûr, les vampires du Déluge avaient pris grand soin soin de se désigner comme des anges, et non des vampires. Mais ils ne faisaient pas non plus mystère de leurs vœux: éviter le soleil et ne se nourrir que du sang des pécheurs.

L’Inquisition fut remise sur pieds. Les différents courants chrétiens furent réunis, de gré ou de force, dans la nouvelle Église unifiée. Dans les églises, les croyants pouvaient demander des miracles. Le sang du Christ pouvait guérir toutes les maladies. Les exécutions publiques, perpétrées sous l’œil indifférent de la justice humaine, donnèrent à de nombreuses personnes l’impression que l’Inquisition seule pouvait rétablir l’ordre. La religion repris l’importance qu’elle avait au Moyen Âge. Ni les autorités mortelles, ni la Hiérarchie n’y pouvait rien.

Présentement : un équilibre fragile chez le Peuple des Bergers

Comme chaque fois dans l’histoire, les changements culturels rapides chez les mortels tardent à trouver leur écho dans le monde des vampires. Après le traumatisme de la Grande Chasse, l’opinion générale en dehors du Déluge était que les vampires devaient d’autant mieux se sa cacher. La Hiérarchie n’est toutefois pas en position de force et cherche, par un exercice inconfortable, à préserver ce secret tout en ménageant le Déluge, ancien allié et nouvelle puissance rivale.

L’Ordre de saint Pierre, quant à lui, assiste avec effarement au triomphe d’un vieil ennemi qu’il croyait écarté depuis longtemps. Bien que certain que les deux factions ne pourront pas coexister, l’Ordre n’est pas en position de force et n’est pas pressé d’enclencher un conflit que tous pensent inévitable.

À l’heure actuelle, le conflit est bel et bien enclenché, mais de manière occulte. L’un des principaux enjeux est la Hiérarchie. Si suffisamment de seigneurs pouvaient être gagnés à la cause du Déluge, l’équilibre des forces serait définitivement changé et l’Ordre se retrouverait dans une situation très précaire.

Inspiration

L’impulsion de la série a été une partie de Vampire LARP, mais il n’y a pas d’équivalent pour le Déluge dans le World of Darkness.  À vrai dire, le Déluge a été l’élément qui a le plus contribué à écarter le monde des Bergers de l’univers du jeu de rôle.

Recréer le scénario de la partie exigeait que Michel se retrouve pris entre deux factions férocement opposées. En jeu, il s’agissait d’un archonte de la Camarilla et un groupe de Setites. Si l’archonte fut un allié objectif de Michel Grandbois, il n’a pas toujours été ni sûr ni commode, et il me fallait manœuvrer avec beaucoup de doigté quand il était dans les parages. L’archonte violent a été remplacé par une nouvelle Inquisition, qui est devenue le Déluge.

Le Déluge doit tout de même une partie de sa philosophie à Vampire : The Dark Ages, où il existait un type de philosophie qui permettait aux vampires de boire du sang, mais seulement celui des pécheurs, afin de réconcilier le vampire à sa foi chrétienne. Le reste (descendance du Christ, vœux pour expliquer la vulnérabilité au soleil, etc.) est entièrement de mon invention.